Ernest Pignon-Ernest - Ombres de Naples

Après le succès des expositions « C215 autour de l’Inguimbertine » en 2024 et « Joseph Siffred Duplessis, L’art de peindre la vie », l’Inguimbertine fait un nouveau bond dans le temps, en consacrant une importante exposition à Ernest Pignon-Ernest, « Ombres de Naples », à découvrir du 23 mai au 1er novembre 2026. 

Seront présentées plus de 200 oeuvres, dont certaines inédites - dessins, photographies et sérigraphies - issues de cette série créée entre 1988 et 2015 à Naples.

Premier artiste « à avoir investi les murs, les trottoirs, les façades d'une ville pour visiblement éveiller, réveiller, faire geste de surrection et d'alarme »*, Ernest Pignon-Ernest est resté attaché au Vaucluse, car c’est notamment sur les routes du Comtat Venaissin qu’il s’exprime pour la première fois « in situ » en 1966, à l'âge de 24 ans, lorsqu’il alerte sur les risques des missiles nucléaires sur le plateau de Sault. Sur les murs, rochers et routes menant au plateau d’Albion, il se met à tracer au pochoir une silhouette tirée d’une photographie d’Hiroshima – seule trace d’un corps irradié. C’est le début de sa pratique : « je cherche à réactiver le potentiel de mémoire des lieux » commentera-t-il.

Même effacés avec le temps, ses collages laissent sur les murs, une mémoire d'autant plus vive. Il en est ainsi de cette série napolitaine : "d'images aux murs il n'y avait plus, mais demeurait intact ce que René Char avait nommé "les traces qui font rêver", pour reprendre les mots d'André Velter.

L’exposition revisitera ses créations napolitaines sur la culture latine et méditerranéenne, qui dialogueront avec une sélection d’oeuvres de l’Inguimbertine, en écho à cette terre comtadine liée historiquement à l’Italie. Le public redécouvrira la puissance de ces images qui s’inscrivent sur des murs chargés d’histoire et font dialoguer le passé avec le monde d’aujourd’hui.

Exposer à l’Inguimbertine son hommage qu’il consacra à la ville de Naples offre un beau trait d’union avec les poètes qui ont eux aussi laissé leurs empreintes dans le Vaucluse, tels Pétrarque et René Char. La région est aussi chère au coeur de l’artiste, attiré par la proximité du mont Ventoux qu’il gravit dix fois à vélo, ainsi que par la beauté des paysages.

« Dans l’entrelacs des rues [de Naples], mes images interrogent ces mythes, elles tracent des parcours qui se croisent, se superposent ; elles traitent de nos origines, de la femme, des rites de mort que sécrète cette ville coincée entre le Vésuve et les terres en ébullition de la Solfatare sous laquelle Virgile, déjà, situait les Enfers ; elles convoquent Caravage, parlent des cultes païens et chrétiens que porte aux ténèbres cette cité ensoleillée. C’est une quête au long cours, qui a duré des années, de ce qui fonde ma culture, ma sensibilité méditerranéenne. » 

* Monographie Ernest Pignon Ernest, André Velter, Gallimard, 2022 

Il est aujourd’hui un artiste internationalement reconnu, et certaines de ses oeuvres sont entrées dans l’imaginaire collectif, à l’exemple de son Arthur Rimbaud en routard ou encore son étrange